• infos-canyon mention légale3
  • infos-canyon menttion légale3
  • infos-canyon-mentions légale2
  • infos-canyon -mention-légale1
  • canyon infernet
  • canyon-Georgette-Craponoz
  • canyon-du-Jabron-3
  • orienttation-canyon-2

Vercors Bauges : une gestion spécifique du canyon au sein de chaque territoire (Clémence Perrin)

La première partie de ce travail abordera le contexte général de l’activité canyoning. Celleci est une activité sportive de nature dont la pratique a considérablement augmenté à partir des années quatrevingt. Il s’agira donc, dans un premier temps, de s’intéresser au développement des sports de nature en France et aux réglementations qui s’y appliquent.

En effet, en tant qu’activités au carrefour du sport, du tourisme et de l’environnement, elles sont structurées à la fois par les réglementations du Ministère des Sports et par celles relatives aux politiques du tourisme, de l’aménagement du territoire, et de la protection de l’environnement (Chifflet, 1999). Or, la mise en évidence de ces contraintes nationales qui s’exercent sur l’ensemble de ces sports de nature est une étape indispensable pour comprendre comment une activité s’organise au plan local. Dans un deuxième temps, l’intérêt se portera plus spécifiquement sur l’activité canyoning. Les divers aspects de ce sport de nature seront alors abordés.

La deuxième partie présentera l’approche théorique sous-jacente à notre démarche. Afin de comprendre comment s’organise l’activité canyoning sur le territoire des deux Parcs étudiés, le recours à la sociologie des organisations s’avère pertinent. Plus précisément, cette recherche s’ancre dans l’approche théorique développée par Friedberg (1997, 25), qui s’intéresse aux «processus par lesquels sont stabilisées et structurées les interactions entre un ensemble d’acteurs placés dans un contexte d’interdépendance stratégique». Avant d’exposer les concepts développés dans cette approche, il conviendra en premier lieu, de s’intéresser à la démarche de Crozier et Friedberg (1977) étant donné que «Le Pouvoir et la Règlese situe dans la continuité et le prolongement de L’Acteur et le Systèmeécrit précédemment avec Michel Crozier et assume l’héritage de l’approche « stratégique » de l’action collective que nous y avons proposée» (Friedberg, 1997, 7). Il sera également nécessaire de comprendre en quoi l’analyse organisationnelle peut être une aide à l’action de changement.

La troisième partie présentera la problématique de la recherche qui est une articulation entre l’approche théorique et le cadre de la présente étude. Il s’agira dans un premier temps de positionner le problème, c’est-à-dire de mettre en évidence les différents problèmes (Friedberg, 1997) engendrés par le développement de l’activité sur un massif.

 Il conviendra ensuite d’expliciter les quatre niveaux sur lesquels portera l’analyse des différents contextes d’action qui président à l’organisation globale de l’activité canyoning sur un massif. Il s’agira enfin d’énoncer les hypothèses de travail.

La quatrième partie abordera la méthodologie employée pour cette étude. Après avoir explicité les principes méthodologiques prévalant dans la démarche proposée par Friedberg (1997), les méthodes utilisées pour récolter et analyser les données seront présentées.

La cinquième partie de cette étude sera consacrée à la présentation des résultats de l’analyse de chaque contexte d’action qui préside à l’organisation globale de l’activité canyoning sur un massif. Il conviendra de comparer les résultats entre les deux massifs étudiés étant donné que la comparaison systématique des modèles locaux peut permettre « d’élever le niveau de généralité de ces modèles» (Friedberg, 1997, 31).

Dans la sixième partie, il s’agira de comprendre comment les différents contextes d’action s’articulent, afin de déterminer comment est organisée de manière globale l’activité canyoning sur le territoire d’un massif. Cela nous amènera à nous interroger sur la gestion d’une activité sportive de nature telle que le canyoning. Il conviendra également de s’interroger sur la pertinence du cadre théorique choisi.

Pour terminer, nous réaliserons une conclusion de ce travail. Après avoir rappelé les étapes de la recherche et les principaux résultats, nous montrerons en quoi ils constituent un apport de connaissance à la compréhension de notre objet d’étude,et nous conclurons sur des pistes d’investigations futures.

Voir le document

 

CONCLUSION

L’objectif de cette étude était de comprendre comment s’organise l’activité canyoning sur le territoire de deux Parcs Naturels Régionaux; cette connaissance étant un préalable indispensable à la mise en place d’actions allant dans le sens des objectifs fixés par les Chartes des deux espaces protégés, c’estàdire organiser la pratique dans l’optique de son développement durable.

Dans une première partie les contraintes juridiques s’exerçant sur l’ensemble des sports de nature au niveau national ont été mises en évidence, cellesci ayant une influence sur l’organisation de ces activités au niveau local. Cette étape a aussi permis de faire un inventaire des acteurs de différents niveaux pouvant également avoir une influence. De plus, cette étude ayant lieu dans deux PNR, il a été nécessaire d’aborder plus précisément leurs spécificités. L’intérêt s’est ensuite porté sur le canyoning, activité sportive de nature qui trouve son origine dans l’exploration des canyons. Son historique a permis de comprendre comment la pratique s’était développée puis institutionnalisée. Après les aspects techniques de l’activité et son cadre socioéconomique, les aspects juridiques concernant l’utilisation des sites de pratique ont été abordés. L’intérêt s’est enfin porté sur la question de l’équipement des sites et sur celle des secours dans cette activité. Dans ce chapitre, les contraintes nationales s’exerçant plus particulièrement sur cette activité ont été mises en évidence.

Pour comprendre comment s’organise l’activité canyoning sur le territoire des deux PNR étudiés, nous avons eu recours dans une deuxième partie à l’approche organisationnelle de l’action collective développée par Friedberg (1997). Le sociologue nous propose en effet une démarche d’analyse «des processus d’organisation des espaces d’action collective» (p. 10). Selon Friedberg (1997, 164), il n’y a «aucune différence de nature entre une organisation formelle et des formes plus diffuses d’action collective, tout au plus une différence de degré». Ainsi, quelles que soient les caractéristiques du contexte dans lequel elle se déploie, «toute action collective est d’une certaine façon organisée» (p. 187). Dans cette perspective, il est possible d’affirmer que dans des contextes d’action flous, même en l’absence de structuration formelle et derrière l’apparent désordre que suggère le foisonnement des initiatives des acteurs, existent en fait des régulations qu’il est possible de mettre à jour grâce à l’analyse. Les concepts développés par cette approche ont donc été utilisés dans le but de mettre en évidence la structure de relations et d’échanges entre l’ensemble des acteurs concernés par l’activité canyoning et la logique de fonctionnement qui en découle au sein du territoire de chaque Parc. Il convient de préciser que ce modèle d’analyse a été complété par certains concepts développés par de nouvelles approches en sociologie des organisations permettant d’enrichir la réflexion sur l’acteur (Amblard et al., 1996).

Etant donné que tout contexte d’action, susceptible de mobiliser un ensemble d’acteurs autour d’un problème commun, peut faire l’objet d’une analyse organisationnelle(Friedberg, 1997), il a été nécessaire, dans une troisième partie, de mettre en évidence les différents problèmes engendrés par le développement de l’activité sur un massif. Il est évident qu’il s’agit en partie d’un choix du chercheur car comme l’explique Friedberg (1997, 243), «il peut s’intéresser à tous les problèmes et essayer de les traduire en un système d’acteurs, pour peu qu’il parvienne à en démontrer l’existence». Le premier problème qui s’est imposé à nous a été celui de l’utilisation des sites de canyoning. Cependant, les investigations ont mis en évidence la nécessité de s’intéresser à trois autres contextes d’action qui président également à l’organisation globale de la pratique du canyoning sur un territoire. Ces trois autres contextes d’action concernent le problème de l’équipement des canyons, celui de l’organisation des secours dans cette activité, et celui de la structuration de l’offre commerciale de canyoning sur un massif. Les différents niveaux auxquels devait être menée l’analyse des contextes d’action ont alors été identifiés.
Des hypothèses de travail ont ensuite été formulées. L’hypothèse générale qui a guidé cette étude est que chaque contexte d’action est structuré sous la forme d’un ordre local. Cela signifie que derrière «l’apparent désordre que suggère le foisonnement des initiatives et des stratégies des acteurs concernés» par chacun des problèmes soulevés (Friedberg, 1997, 25), il existe en réalité un minimum d’ordre par lequel les acteurs structurent leur coopération et gèrent leur interdépendance stratégique.

La quatrième partie a été consacrée à la méthodologie de la recherche. Dans chaque Parc, une préenquête a permis de faire un inventaire des canyons, d’avoir une estimation de leur fréquentationet de répertorier les professionnels. Trois formes d’investigations ont ensuite permis de recueillir les données recherchées. Il s’agit de l’entretien semidirectif, de l’observation et de l’analyse de contenu de documents. Les entretiens ont concerné 170 acteurs pertinents(Friedberg, 1997), c’estàdire ceux dont le comportement contribue à structurer chaque contexte d’action étudié. Les observations ont été réalisées au cours des quatre comités de pilotage de l’étude canyoning au sein du PNRMB. Les analyses de contenu ont porté sur un ensemble de documents recueillis au cours des entretiens. Une analyse thématique de contenu (Bardin, 1993) a permis d’analyser l’ensemble des données.

La cinquième partie concerne les résultats de l’analyse organisationnelle des différents contextes d’action.
Dans le premier chapitre, les résultats ont permis de mettre en évidence la spécificité de l’organisation de la pratique du canyoning sur chaque canyon. En effet, en l’absence d’une régulation globale, la gestion de l’activité s’organisesur chaque site en fonction des contraintes locales, et des intérêts des acteurs en présence. Si les mêmes catégories d’acteurs sont présentes sur tous les sites, leur implication n’est pas la même au sein de chaque contexte d’action. Par ailleurs, il a été possible de noter la présence de pratiquants non organisés. Or, ce public, même s’il n’a pas de relation avec les acteurs institutionnels, a une influence sur les contextes d’action. Enfin, les résultats font ressortir les tentatives pour encadrer cette activité par la mise en place de règles formelles.Cependant, il apparaît que la réglementation n’est jamais respectée, et notamment par les pratiquants non organisés. Ceci illustre la difficulté à encadrer ce genre d’activités.
Dans le deuxième chapitre,les résultats ont permis de mettre en évidence l’existence de trois problèmes auxquels étaient confrontées différentes catégories d’acteurs. Il s’agit du problème de l’équipement sportif des sites, de celui de leur aménagement périphérique et de celui de leur nettoyage. Les résultats ont montré qu’en cas de conflits d’usage, et notamment avec les riverains, l’aménagement périphérique des sites a contribué à améliorer la conciliation des différents usages. Ce problème de l’aménagement fait donc partie intégrante de celui de l’utilisation des sites. Concernant l’équipement sportif des sites et le nettoyage des canyons, les résultats ont montré que chaque acteur intervenait sans nécessairement coordonner ses actions avec celles des autres. Ce sont en effet deux problèmes que chaque acteur concerné peut résoudre seul et pour la solution desquels il n’est pas nécessaire d’obtenir la contribution des autres.
Dans le troisième chapitre, les résultats ont montré que face au développement de l’activité et au nombre d’accidents y afférents, les acteurs du secours ont dû coordonner leurs actions pour répondre efficacement aux problèmes que pose la survenue d’un accident. Dans trois départements, les modalités d’intervention des différents acteurs ont été formalisées dans un plan de secours. Si ces plans fixent un cadre pour le déroulement des opérations sur le terrain, l’existence de règles formelles ne signifie pas pour autant la fin des jeux de pouvoir car les acteurs agissent en fonction de leurs intérêts. Ainsi, l’application sur le terrain de ces plans de secours reste soustendue par des rapports de négociation et de marchandage entre les acteurs. Si certains conflits ont pu être mis en évidence, il est apparu cependant que tous les acteurs affirmaient agir dans l’intérêt de la victime. Ainsi, le fait que les actions des différents intervenants soient guidées par les mêmes «valeurs» (Weber, 1995) leur permet de dépasser ces conflits d’intérêts.
Dans le quatrième chapitre, les résultats ont permis de faire un inventaire des acteurs de l’offre commerciale de canyoning et de mettre en évidence leurs stratégies dans ce domaine. Cellesci dépendent de leur statut et de leurs objectifs: du professionnel passionné à la SARL qui se situe dans une logique entrepreneuriale, les stratégies mises en place et la clientèle visée ne sont pas les mêmes. Par ailleurs, les résultats ont permis de mettre à jour les différentes régulations existant dans le marché de l’offre de canyoning sur le territoire des deux Parcs, ainsi que sur le bassin annecien qui a été identifié comme un espace de concurrence distinct. Ces différentes régulations induisent un minimum de structuration des processus d’interaction entre les acteurs de l’offre. Sur le territoire du massif des Bauges et dans le bassin annecien, le marché est structuré sur un mode majoritairement concurrentiel. Dans le PNRV au contraire, alors que les professionnels de l’encadrement sportif sont beaucoup plus nombreux que dans le PNRMB, le sentiment de concurrence est faible chez les prestataires car ils ont mis en place de nombreux échanges leur  permettant de répondre efficacement à toute la demande.

Au terme de l’analyse, les résultats conduisent à dire que toutes les hypothèses ne sont pas vérifiées.
L’hypothèse 1 était: «Sur chaque site de pratique, les différents acteurs confrontés au développement de l’activité coordonnent leurs actions pour organiser les différents usages du site. Les acteurs sont donc en interaction stratégique autour du problème de l’utilisation du canyon par le canyoning.» Or, les résultats montrent que sur le site de la Comane et ceux des trois canyons du massif des Bauges, le développement de l’activité n’a pas conduit les acteurs à coordonner leurs actions pour organise rles différents usages du site. Ainsi, ces quatre contextes d’action ne sont pas structurés sous la forme d’un ordre local. L’hypothèse 1 est seulement vérifiée sur les sites du Furon, des Moules Marinières et des Ecouges où les acteurs concernés par le problème de l’utilisation du site ont été amenés à coordonner leurs actions.
L’hypothèse 2 était: «Dans chaque massif, l’équipement des sites de pratique est un problème que chaque acteur concerné ne peut résoudre seul. Alors, derrière «l’apparent désordre que suggère le foisonnement des initiatives et des stratégies des acteurs concernés» (Friedberg, 1997, 25), il existe en réalité un minimum d’ordre par lequel les acteurs structurent leur coopération et gèrent leur interdépendance stratégique.» Cette hypothèse est seulement vérifiée pour le problèmede l’aménagement périphérique. En effet, dans chaque PNR, les acteurs ont été ou vont être réunis pour décider des aménagements à mettre en place. De ce fait, ils doivent coordonner leurs actions avec celles des autres: le contexte d’action est donc structuré sous la forme d’un ordre local. Ce n’est pas le cas en revanche pour les problèmes de l’équipement sportif et du nettoyage des canyons, deux problèmes que chaque acteur concerné peut résoudre seul et pour la solution desquels il n’est pas nécessaire d’obtenir la contribution des autres.
L’hypothèse 3 était: «Dans chaque département, le développement de l’activité canyoning et l’augmentation du nombre d’accidents impose une coordination des différents moyens de secours. Le secours en canyoning est donc une action organisée au niveau de chaque département, structurée sous la forme d’un ordre local.» Les résultats ont en effet permis de mettre en évidence que dans chaque département, le développement de l’activité a imposé une coordination des différents moyens de secours. L’hypothèse 3 est ainsi vérifiée.
L’hypothèse 4 était «Dans le Vercors et dans le Massif des Bauges, les structures commerciales qui proposent le canyoning sur les sites de chaque Parc sont en concurrence les unes avec les autres pour la recherche de clientèle. Cependant, dans chaque espace de concurrence, des relations de coopération se nouent entre les acteurs lorsque la demande est trop importante. Ce sont donc des «espaces de concurrence de jeux réglés entre des acteurs mutuellement dépendants» (Friedberg, 1997, 182) autour du problème de l’offre commerciale de canyoning.» Cette hypothèse est également vérifiée. Les analyses ont en effet permis de mettre à jour, dans les trois zones géographiques identifiées, des éléments de coordination et d’ordre qui participent à la régulation de chaque marché de l’offre commerciale de canyoning. Ainsi, chacun d’eux est structuré sous la forme d’un ordre local; ordre par lequel sont régulés et stabilisés les échanges entre les acteurs de l’offre et qui rend possible leur coopération conflictuelle dans un espace de concurrence.

Dans une sixième partie, il nous a semblé nécessaire de mettre en évidence les articulations existant entre les différents contextes d’action étudiés,afin de déterminer comment est organisée de manière globale l’activité canyoning sur le territoire de chaque massif. Les articulations entre les différents contextes d’action ont pu être expliqués non seulement par le fait que certains problèmes sont liés, mais également par le fait que certains acteurs participent en même temps à une pluralité de systèmes d’action dans lesquels ils s’engagent plus ou moins fortement. Pour comprendre la nature de la régulation de l’activité à l’échelle du territoire de chaque Parc, il a été nécessaire de mettre en évidence les différences existantes entre les deux massifs concernant l’implication de ces acteurs. Dans le PNRV, l’ensemble des résultats a laissé percevoir les débuts d’une régulation globale de l’activité canyoning à l’échelle du massif. Dans le PNRMB au contraire, il a été possible de constater qu’il n’y avait pas de régulation globale de l’activité sur l’ensemble du massif.

Au regard de l’ensemble de ces résultats, il a été possible de mettre en évidence la manière dont est gérée l’activité canyoning dans les deux espaces étudiés. Dans les deux Parcs, il est clairement apparu que l’organisation des secours dans cette activité était un contexte d’action indépendant des autres. La gestion de ce problèmeest assurée par la puissance publique afin de répondre à «la demande très forte de sécurisation propre à la mentalité moderne» (Lavigne et al., 1989). Hormis cet aspect des secours, l’activité est gérée différemment dans les deux Parcs. Dans le PNRV, cette gestion est prise en charge par la section locale du SNPSC qui a sollicité l’appui du Parc. Ainsi, dans le Vercors, la gestion de l’activité fait intervenir des acteurs publics et privés qui agissent en partenariat: il est possible de parler de gouvernance (Stocker, 1998). Dans le massif des Bauges au contraire, il n’est pas possible de parler de gouvernance. Du même coup, la gestion de l’activité à l’échelle du territoire est rendue difficile. Cette différence entre les deux massifs s’explique par une différence dans le degré de maturité du réseau constitué par les professionnels du canyoning qui sont finalement les premiers concernés par la gestion de cette activité.
Pour terminer, nous avons pris alors l’initiative d’accorder à nos résultats une portée explicative plus large pour mettre en évidence ce qu’est la gestion de l’activité canyoning sur un territoire. Il apparaît que celleci échappe à la fédération délégataire. De plus, il a été possible de montrer que cette pratique doit davantage être considérée comme une activité «touristique» qu’une activité «sportive». Sa gestion pose donc problème dans le sens où la réglementation en vigueur, qui charge uniquement les fédérations sportives de l’organisation d’un sport, ne prend en compte quel’aspect sportif de la pratique et oublie son «côté touristique». Cette gestion est également rendue difficile par la présence de pratiquants non organisés sur les sites quine respectent pas toujours la réglementation en vigueur. Il a donc été possible de montrer quela gestion d’un sport de nature tel que le canyoning s’apparente peu à celle d’un sport codifié qui se déroule dans un espace circonscrit. En effet, hormis la fédération délégataire, qui ellemême ne regroupe pas tous les pratiquants, il n’y a pas de gestionnaire désigné pour cette activité. C’est donc un sport dont la gestion s’organise de anière spécifique sur chaque territoire. Celleci est tributaire des acteurs en présence et de leur implication dans les différents contextes d’action. L’absence de régulation globale de l’activité canyoning rend donc sa gestion difficile. Le problème peut alors se poser pour les autres activités sportives qui, pour la plupart, sont également confrontées à cette absence de régulation globale. Il convient cependant de rappeler que certaines activités font exception (Mounet, 2002). Il s’agit notamment du ski avec l’existence des comités de massif et des randonnées qui bénéficient des PDIPR. Certains Départements, comme ceux de l’Ardèche et de la Drôme, mènent également des expériences pilotes en attendant la publication du décret d’application de l’article 51 de la loi sur le sport concernant la mise en place des CDESI. Mais globalement, le cadre juridique de ces activités s’adapte très lentement à la réalité de leur pratique (Mounet, 2002). Il est alors possible de s’interroger sur la réalité de leur gestion.

En définitive, les résultats de cette étude ont permis d’apporter une connaissance sur l’organisation de l’activité canyoning au sein de deux massifs; connaissance indispensable pour les gestionnaires des Parcs qui souhaitent parvenir à un développement durable de la pratique. Mais également, de manière plus large, cette étude a permis d’apporter des éléments de compréhension sur ce qu’est la gestion du canyoning sur un territoire. Cependant, cette étude comporte quelques limites qu’il convient de préciser. La première limite réside dans le fait que lorsque nous avons étudié les stratégies développées par une organisation, comme une AAPPMA, nous n’avons pris en compte qu’un ou deux porteparole de celleci, en faisant l’impasse sur les conditions de construction et de maintien de ces acteurs collectifs. Ceci constitue une limite dans le sens où il «est acquis que chaque acteur individuel a ses propres objectifs qui peuvent être distincts de ceux de l’organisation à laquelle il appartient» (Mounet, 2000a, 187). Cependant, comme l’affirme Friedberg, «dans l’absolu, faire de la sorte l’impasse sur les processus de construction des acteurs collectifs est bien sûr inadmissible. Dans une perspective méthodologique et de démarche de recherche, cela devient parfaitement acceptable» (Chazel, Favereau et Friedberg, 1993, 108).
La deuxième limite réside dans les méthodes de récolte des données utilisées. En effet, dans le cadre de cette étude, nous avons principalement eu recours à l’entretien semidirectif, tandis que nous avons peu utilisé la méthode de l’observation. Or, celleci est intéressante car elle «témoigne des comportements effectifs des individus travaillant ou agissant dans un cadre institutionnel dont ils donnent une interprétation pratique dans le courant de leurs actes ordinaires» (Peretz, 1998, 21). Aussi permetelle de dépasser le discours des acteurs pour observer de près et étudier la dynamique de leurs comportements et de leurs conduites dans leur contexte d’action. Cependant, si l’observation systématique des interactions stratégiques est aisée au sein d’une organisation formelle, elle est plus difficile dans des contextes d’action plus flous et moins structurés. C’est la raison pour laquelle, nous avons eu peu recours à cette méthode. Cela constitue donc une limite dans le sens où il n’a pas toujours été possible de dépasser le discours des acteurs.
Enfin, la troisième limite repose sur le caractère irréductiblement partiel et limité des modèles d’interprétation auxquels aboutit l’approche organisationnelle. Cependant, la comparaison systématique de ces modèles locaux peut permettre d’élever leur niveau de généralité. Friedberg recommande ainsi d’achever toute recherche par une comparaison entre plusieurs études cliniques. «Sur la base de ces faits pourra alors se bâtir un modèle interprétatif qui, sans avoir valeur universelle, dépasse la seule contingence locale pour se situer à un premier niveau de généralisation.» (Friedberg, 1997, 314). C’est ainsi que nous avons procédé lorsque nous avons systématiquement comparé les résultats obtenus dans les deux Parcs afin de mettre en évidence l’ensemble des convergences et des divergences existant entre les différents contextes d’action. Cependant, Friedberg (1997, 315) ajoute qu’il «n’est pas besoin de s’arrêter en si bon chemin. On peut continuer la montée en généralité en procédant à la comparaison des résultats de plusieurs études ayant porté sur des champs proches ou sur le même problème». Il est donc possible d’envisager des perspectives de recherche. Il serait en effet intéressant d’étudier la gestion de la pratique du canyoning dans d’autres territoires, en France, mais aussi à l’étranger. Les recherches futures pourront également porter sur d’autres activités sportives de nature dont la gestion est rendue difficile en raison de l’absence de régulation globale spécifique. Comme l’explique Friedberg (1997), dans le premier cas, on progressera dans la construction d’une «théorie substantive fondée» d’un champ d’action. Dans le second, on fera avancer la construction d’une «théorie formelle fondée» (Glaser et Strauss, cités par Friedberg, 1997), la seconde se plaçant à un niveau de généralité supérieure à la première.